martes, 22 de abril de 2008

Se muere el diario del futuro

En su editorial del del pasado 19, (en la calle el 20) el director de Le Monde explica a los lectores que el grupo lleva siete ejercicios consecutivos deficitarios con una pérdida acumulada de 180 millones de euros: "nunca han sido tan calamitosas las finanzas de Le Monde". Como consecuencia planena reducir la plantilla de empleados y las páginas del diario y también venderán varias sociedades del grupo. Esta semana han despedido a 129 empeados, 89 de ellos periodistas.

Es graciosa y punzante la observación que me acaba de hacer Toni Piqué: "¡Si todos nos decían que los diarios del futuro serían como Le Monde!" Definitivamente no serán los viejos editores quienes se enfrenten con los desafíos de los periódicos en el futuro cercano...

En los últimos párrafos Fottorino adelanta los cambios que intentarán en el producto: "Se tratará de un diario más encogido, más denso, más selectivo, que preferirá las explicaciones, el análisis y la diversidad de puntos de vista a la pura repetición de información ya provista por tantos medios a la velocidad de la conexión digital. Más que por ir más rápido, Le Monde se esforzará por llegar más profundo y más lejos, gracias a una redacción reorganizada alrededor de sus corresponsales internacionales y de sus periodistas expertos, uniendo sus fuerzas, su proactivid y su curiosidad. Daremos lo esencial, lo sorprendente".

A nos lecteurs

A deux reprises cette semaine, Le Monde a été absent des kiosques, et nous vous prions de nous en excuser. Un mouvement de grève, lundi et jeudi, a exprimé le désarroi des salariés à propos du projet de plan de redressement que David Guiraud, vice-président du Groupe, et moi-même avons présenté le 11 avril aux partenaires sociaux, dans le cadre du comité d'entreprise. Cette réaction est compréhensible dans la mesure où le plan envisagé est à la fois douloureux pour notre maison et inédit dans l'histoire et la culture de ce journal. Il s'agit en effet de supprimer 129 postes à la Société éditrice du Monde, dont 89 à la rédaction, par le biais de départs volontaires - autant que possible - mais aussi, pour atteindre l'objectif fixé, par des départs dits « contraints ». Nous avons en outre annoncé notre intention de céder plusieurs entités du groupe : Fleurus presse, les Cahiers du Cinéma, Danser et la librairie La Procure.
Ce n'est évidemment pas de gaieté de coeur que nous avons arrêté ces mesures nécessaires. Jamais les finances du Monde n'ont été aussi calamiteuses, avec sept exercices consécutifs déficitaires pour une perte cumulée de 180 millions d'euros, dont 15,4 millions pour la seule année 2007.

Si nos commissaires aux comptes ont suspendu la procédure d'alerte signifiant que la continuité de notre exploitation pourrait être menacée, notre situation reste préoccupante. C'est seulement par un plan de redressement vigoureux et rapide que Le Monde pourra conserver une chance sérieuse de défendre son indépendance.

Pareil constat peut paraître paradoxal et même injuste au terme d'une année qui a vu la diffusion de notre journal redevenir positive (+ 1,5%) pour la première fois depuis six ans, et notre audience s'apprécier de 9,7 %, permettant au Monde de devenir la première marque de presse quotidienne généraliste. Depuis notre nouvelle formule de 2005, Le Monde n'a cessé de regagner des parts de marché. Nos études régulières de lectorat montrent des taux élevés de satisfaction et une présence accrue des 18-25 ans, tandis que lemonde.fr s'affirme année après année comme le premier site français d'information.

Si notre fragilité demeure, c'est que le modèle économique sur lequel nous avons construit notre essor depuis des décennies se désintègre sous nos yeux. Et ce constat est vrai pour l'immense majorité des quotidiens, aux Etats-Unis comme en Europe.

En 2001, les recettes publicitaires du quotidien avaient atteint le niveau record de 100 millions d'euros. Nos équipes se battent aujourd'hui pour défendre un budget à peine supérieur à 50 millions d'euros. Jamais, depuis près de soixante ans, les sommes investies par les annonceurs n'avaient été aussi faibles outre-Atlantique, enregistrant un décrochage de près de 10 %. La crise des subprimes et le fort ralentissement de la croissance ont propagé cette onde de choc chez nous. En ajoutant à cette baisse structurelle et conjoncturelle le déplacement des budgets publicitaires vers les sites Internet et les journaux gratuits, il est aisé de comprendre à quel point l'économie de nos journaux est attaquée.

Il y a un demi-siècle, notre fondateur, Hubert Beuve-Méry, parlait de « l'indispensable, la bienfaisante publicité », laquelle représentait alors un peu plus de 40 % des recettes du Monde. Dans les années 1970, cette proportion était passée à plus de 60 % de notre chiffre d'affaires. Elle est retombée à quelque 20 % aujourd'hui, tandis que la diffusion réamorce sa lente mais sûre érosion. « S'il est vrai qu'un journal digne de ce nom comporte des éléments qui doivent toujours rester hors du commerce, écrivait encore Beuve-Méry, il est aussi, au sens le plus banal du mot, une entreprise qui achète, fabrique, vend et doit faire des bénéfices. »

Ce sont précisément ces bénéfices qui manquent cruellement au Monde, même si nous améliorons nos comptes d'exploitation grâce à la vente de produits culturels de qualité tels les ouvrages de philosophie, les livres et DVD de cinéma, les CD d'opéra ou de musique classique.

Ce n'est pas la première fois que la presse écrite quotidienne est confrontée à de nouvelles concurrences. Les années 1960 ont vu surgir le développement inédit de la télévision, les années 1970-1980 celui des news magazines, les années 1990 l'Internet et les années 2000 les quotidiens gratuits. Aujourd'hui, aucun journal n'a encore réussi de façon convaincante à inventer le modèle de l'avenir, le modèle viable, s'entend. Il nous faut pourtant trouver, et vite. C'est-à-dire réagir, affronter la tempête et se préparer à l'incroyable révolution médiatique du XXIe siècle.

La crise est sévère pour la presse écrite. Elle l'est particulièrement pour Le Monde, qui doit solder un passé cumulant les passifs. Il faut le dire et le redire : il n'y a pas de journal libre sans rentabilité ni bénéfices. C'est au nom de l'indépendance que nous devons redresser nos comptes tout en concevant un journal moderne, parfaitement inscrit dans son époque, à la fois témoin et précurseur, attendu pour son exigence, surprenant par sa singularité, toujours capable, avec l'actualité connue de tous, de la traiter comme nul autre.

Là résident notre défi et notre nécessité. Notre plan ne saurait se résumer à des économies. Réduire des coûts n'est pas une stratégie. Il faut une vision journalistique du Monde de demain. Nous l'avons. Nous la ferons vivre ensemble. Pour vous. Le Monde ne saurait devenir un journal au rabais, vidé de sa substance. C'est au contraire un projet éditorial ambitieux que nous serons à même de vous présenter dès le début de l'automne. Dans les jours qui viennent, les équipes de la rédaction et de toute la maison seront mobilisées autour d'une réflexion prolongeant celle qui présida à la nouvelle formule de 2005.

L'ESSENTIEL ET LE SURPRENANT

Il s'agira d'un journal plus ramassé, plus dense, plus sélectif, préférant l'explication, l'analyse et la diversité des points de vue à la redite des informations, déjà fournies par tant de médias à la vitesse de la connexion numérique. Faute d'aller plus vite, Le Monde s'efforcera toujours d'aller plus profond et plus loin, grâce à une rédaction réorganisée autour de ses correspondants internationaux et de ses journalistes experts, unissant ses forces, sa réactivité, ses curiosités.

Nous donnerons l'essentiel. Nous donnerons le surprenant. Nous revisiterons les contenus de nos suppléments, du « Monde de l'Economie » au supplément « Télévision & Radio » en passant par « Le Monde des livres ». Nous proposerons une nouvelle formule de notre magazine Le Monde 2 afin d'en faire encore davantage un rendez-vous indispensable pour les lecteurs du quotidien, s'inscrivant en écho de l'actualité avec des textes longs et exigeants, tout en préservant sa musique singulière et décalée.

Le chantier est immense, la tâche lourde et excitante mais aussi chargée d'inquiétudes, tant l'avenir demeure incertain. Nous vivons ici ce moment contrasté de difficultés, de sacrifices et d'élan vital à préserver. « Ah ! Tout l'espoir n'est pas de trop pour regarder le siècle en face », écrivait Aimé Césaire, dans son poème L'ombre gagne. Plus que jamais, Le Monde entend précisément regarder le siècle nouveau en face. C'est le sens de la lutte sans précédent qui est la nôtre.

Eric Fottorino